FACESCAPES CRITICS
FACESCAPES Denis Piel,
by Phillip Adams
It was a year ago in a 14th Century chateau being lovingly restored by the Australian photographer Denis Piel.
He unrolled a series of enormous photographic prints that, at first glance seemed to be high definition views from orbiting satellites of the Australian desert. Burning red vistas, dry rivers, black stumps. Or were they quality prints of Aboriginal dot paintings?
They were neither. Instead of Australian landscapes I was looking at French faces, what Piel calls ‘facescapes’.
The dry rivers were wrinkles, the red vistas skin, the black stumps shaved whiskers. Instead of Aboriginal dot paintings the dots were pores. Piel’s photographs were the closest close-ups I’d ever seen, of tiny pieces of human faces, enlarged until they were ‘in your face’,
quite shocking invasions of human privacy that were simultaneously celebrations of mortality.
To emphasise the ticking of the human clock, one of Piel’s prints magnified a detail of a child’s face,
totally unblemished and profoundly beautiful.
The contrast between his‘facescape’ and those of the aged was deeply moving.
I’ve watched Piel’s work as a photographer and filmmaker developing over the years with developing interest.
The technical quality has always been of the highest order – and the depth of ideas has grown impressively.
This new work demands attention. In fact it cannot be ignored.
To walk into an exhibition of these awesome prints is to be confronted, affronted and fascinated.
And the prints are only part of it.
For the French facescapes Piel also interviews the subjects about their lives – in long, lingering but unthreatening close-ups.
A cross section not of ‘types’ but of individuals who talk candidly to his camera.
These are intercut with brief, high-definition views of the skin around their eyes, on their cheekbones.
Piel has invented a new form of portraiture, a new way of looking at the mileage on the human clock, another way of measuring time.
I hope he finds the time to let Australians tell their stories, to add antipodean facescapes to his French collection.
We need his work in our National Portrait Gallery.
FACESCAPES
by Pierre Bouyssou
Denis Piel, cinéaste australien, a jeté l’ancre en ménage avec sa jeune femme, il y a déjà quelques années,
à Lempaut où ils ont restauré avec un soin extrême le château de Padiès.
Ils travaillent à en faire un lieu de culture, d’expression, de communion très profonde avec la nature qui les entoure, face à la proche Montagne Noire.
Pour la première fois cet été, ils auront organisé des concerts en plein air…
Mais Denis Piel ne se contente pas de ces manifestations somme toutes banales.
Il a une passion profonde pour l’humain.
Il a voulu avec persévérance approfondir l’histoire de ce village de Lempaut, parfaite image de la France tranquille et pénétrer l’âme profonde.
Avec sa caméra, il s’est livré à l’introspection du village.
Plus de soixante heures de patient reportage à l’écoute simple des confidences des uns et des autres, souvenirs de jeunesse, des bals d’autrefois, des dépiquages, de la guerre…
Mais l’originalité du film de deux heures que Denis Piel a tiré de ce long reportage, c’est d’avoir filmé les visagesen gros plan, parfois jusqu’à ne garder qu’une portion de joue, qui s’agite, anonyme, au gré du propos de l’interrogé…
Puis tandis que s’égrène la confidence, la caméra se recule, son champs campe l’univers discret où se déroule, tranquille, la vie de chacun d’eux: ici l’intérieur simple d’un agriculteur retraité, parlant avec un hochement de tête des difficultés de la vie d’autrefois;
là, un vieil agriculteur philosophe, adossé à un mur de paille, mesure les changements et juge les progrès qui ont transformé le quotidien; un autre, dans son jardin, avec son épouse, volontiers goguenard, raconte de drôles d’histoires sur les filles d’antan, les joies simples, mais aussi sur le monde et sa marche, avec d’étonnants jeux de physionomie;
là, encore, c’est la vieille fermière, mais bien loin de l’image sévère d’autrefois, qui relate ses visites au château:
elle apportait les rentes d’œufs ou de poules; la châtelaine, hautaine, qu’il pleuve ou qu’il neige, ne lui proposait jamais de franchir le seuil du château, encore, devant le perron d’un autre château une élégante vieille dame, jouant avec son collier de perles, évoque ce temps lointain où « l’on était servi », les domestiques omniprésents dans les maisons pleines de monde, une époque disparue, mais nulle amertume, un certain humour se dessinant sur les lèvres de ce fin visage nimbé de cheveux blancs.
Et la caméra s’éloigne, receçoit la confidence du maire qui s’identifie avec sa commune depuis des décennies, réflexion calme de l’administrateur qui mesure ici aussi les changements du calme village d’autrefois où chacun se connaissait, tandis que dans les lotissements de la plaine, couverts de maisons dortoirs, de jeunes ménages qui travaillent tous à la ville sont presque des inconnus.
Du passé, toujours avec ces plans de visage, on passe ainsi au présent, non pas seulement fait de la vie de ceux qui se souviennent du Lempaut d’autrefois, mais fait aussi de ces jeunes qui s’installent ou qui reviennent:
telle jeune femme venue de la région parisienne dit sa joie de vivre ici, tandis que la caméra balaie ce beau et si calme paysage de la plaine verte qui file vers Revel, à l’abri de la montagne bleue; telle autre, si moderne, revenant au pays de son enfance expliquant pourquoi elle ne se marie pas, mais pourquoi il lui faut Lempaut et sa maison de famille pour se sentir heureuse.
Et un gamin aux cheveux noirs, peut-être son fils, explique devant un mur blanc, pourquoi il ne croit pas en Dieu, car le monde est trop mauvais pour qur Dieu puisse l’avoir crée, retrouvant ainsi avec une spontanéité émouvante le langage de ses lointains ancêtres cathares du XIIIe siècle..
On ne se lasse pas d’écouter ces confidences, à fleur de peau, où tout est dit avec tant de simplicité et d’autant plus de force.
Passé, présent, vie et mort, toute la matière humaine qui constitue ce village est ainsi livrée, dénudée en quelque sorte, mais avec une pudeur extrême.
Ce film constitue ainsi un document ethnographique exceptionnel.
On est presque déçu, après deux heures, de voir se refermer ce livre de vie, double pèlerinage au temps passé et au temps présent.
Saluons le talent du cinéaste historien et ethnographe.
Mais il ne livre là que la première partie de son œuvre ambitieuse.
Il va continuer à traquer la vie profonde de quatre autres villages, d’abord, l’an prochain en Chine, puis en Amérique latine, sans doute ensuite au Maroc et, pourquoi pas, en Sibérie ou en Australie.
Attendons la suite avec impatience, sous le titre de « Facescapes »…
Pierre Bouyssou
VOGUE Portugal
